04 novembre 2009
Pas de coutures? Ah, j'vous jure...
Ballad Of The Big Machine
Baby I'm tired, I'm tired of you
You never go where I want you to
Just like smoke just like wind
You escape to the big machine
I don't like what I see
Why don't you want to dance with me
At the end of the day
I will catch you anyway
In this world nothing's real
All you see just happens in your head
Just like a dream
A very long night
Don't get me wrong
This time I'm here for you
For you
Baby please let me in
I can swear my hands are clean
You can fight but you can't win
Cause you belong to the big machine
In this world nothing's real
All you see just happens in your head
Just like a dream
A very long night
Don't get me wrong
This time I'm here for you
For you
Oh je sens toute ta peine
Tu n'en vois pas le bout
Laisse-moi prendre ta place
Ou j'en deviendrai fou
Baby please let me in
I can swear my hands are clean
Mom's Soft Gansey
Voici une petite création inspirée par un modèle homme du Burda tricot de cet automne, et par quelques pelotes de Partner6 de Phildar (I love it!)
Je l'ai tricoté avec des circulaires, sans faire aucune couture (I love it!). Les finitions sont réalisées en I-cord pour l'encolure et le bas des manches (I love it!)
Très rapide à réaliser, je l'ai tricoté avec énormément de plaisir. Oh, j'allais oublier... I love it!

Mom's Gansey




Mondo Cable Vest pour un p'tit gars!
Vous connaissez Chic Knits? Si non, courez-y vite! http://www.chicknits.com/
J'ai voulu adapter le fameux Mondo Cable Vest pour mon garçon. Out la forme évasée, pour le reste, j'ai tout gardé ou presque. J'ai utilisé le Tweed de Plassard dans un coloris gris vert kaki incertain très chouette. La technique de construction est remarquable, top/down. On commence donc par l'encolure, on ne fait aucune couture, on I-cord à mort. Détail qui tue, les côtes à l'arrière du col qui structurent tout le vêtement. Bonne Marie Burns est trop forte!




14 octobre 2009
Ulmus non horribilus, c'est sûr!
Well I said that we should run away
And live to fight another day
When I see the devil running free
I'm holding on to you and me
And the sun goes down when he's around
He just sets us up to put us down
Well I know we're not the only two
I'm just like you
Take my hand now
I'm not sure I can deal with it
Take my hand now
I'm not sure I can deal with it
Take my hand now
Le petit châle à la mode du web, deuxième épisode...
Après Ishbel, voici Ulmus, né lui aussi chez Through the Loops. http://throughtheloops.typepad.com/designs/2009/04/ulmus.html
Je le souhaitais un peu pus lourd que sa soeur, avec de la matière et du tomber. J'ai longtemps hésité sur le fil puis je me suis lancée, à l'aveugle. J'ai commandé directement de la Luscious Silk chez Blue Moon. http://www.bluemoonfiberarts.com/newmoon/index.php?main_page=index&cPath=182_193
Le choix des couleurs fut cornélien, les écrans étant fort trompeurs.
Voici donc Ulmus en Luscious Silk Pond Scum (un vert doré très "pond") et Harriet (un naturel à reflet jaune)/1 écheveau de chaque coloris/Aiguilles droites n°5
Ce châle est très fastoche à réaliser. Ce qui en fait la beauté, comme toutes les babioles du genre, c'est la matière.
Bilan? Très positif, il tombe comme je le voulais, il est lourd et soyeux et les couleurs sont... indescriptibles! Il sera imbattable cet hiver sur un petit manteau noir, je vous le dis!
Il sent encore assez fort la soie, mais ne sortira que parfumé de l'inégalable n° 19 (Chanel, est-il besoin de le préciser?), splendeur verte sur divan de cuir souple.









10 octobre 2009
Un Instant
J'aperçois, au-delà du volet entrouvert par le vent, une lune gibbeuse presque pleine. J'attends que vienne le sommeil en écoutant les bruits de la nuit. Il est tard, ou tôt, c'est affaire de point de vue. C'est l'heure suspendue entre réel et merveilleux, l'heure où l'on a peur des vampires et autres loups-garous, l'heure où l'on a peur de soi encore bien plus que de ces derniers.
Je finis par me lever, je passe sans bruit le long de la latte qui craque, je saisis le flacon qui luit sur la commode et laisse couler une goutte le long de mes poignets; je tourne la poignée de porcelaine en maintenant bien la porte contre le chambranle; c'est que la porte crie si on s'y prend autrement. Elle est si vieille qu'il faut la ménager. Un reflet me guide en direction de la cuisine. La lune est-là qui me regarde par le carreau de la porte. Elle a un drôle d'air, la lune, cette nuit, un air cabossé. Un vent tiède et brutal s'engouffre par moments sous la porte de bois et fait onduler la nappe. Le sol est presque froid, l'automne approche.
Je m'assieds devant la cheminée vide. Je joins mes pieds sur le petit banc de bois qui appartenait à mon grand-père maternel qui y appuyait ses chaussons de feutre tout en fumant sa pipe puante. Un chat s'enroule autour du pied de ma chaise. Il est plus noir que l'ombre, c'est Alainchamfort (pas de panique, c'est le nom du chat, quoique j'aimerais assez qu'Alain Chamfort s'enroule autour du pied de ma chaise...).
Et puis je sens...
Ce parfum-là est une femme. C'est un extrait de féminité maternelle et séductrice aussi. Charnel et lumineux. Rassurant comme l'odeur d'une mère, exaltant comme la peau d'une maîtresse. C'est un cocon qui vous protège tout entière et vous révèle à la fois. Un bouquet de fleurs blanches miellées, comme je les aime, comme trop épanouies au soleil de l'automne. Des muscs très présents soutenus de benjoin qui l'ancrent sur votre peau.
Je ne l'apprécie jamais tant que lorsqu'il fait froid. Il m'évoque des cachemires clairs et naturels, un maquillage à peine marqué mais poudré, une bouche à la couleur sourde et forte. Un béret sur des cheveux brillants. Un oeil clair et rieur. Et puis des talons hauts. Et un rire qui s'égrène.
C'est L'Instant de Guerlain. Un de mes incontournables.

09 octobre 2009
Passe à ton voisin!
Désolée de vous passer le virus, mais FAUT QUE CA SORTE!
En lieu et place des musiques que j'aime, aujourd'hui, ça!
Marc, Lavoine, ta chanson que j'ai entendue hier dans le bus à Dijon m'a tourné dans la tête tout le reste de la journée, m'a scié le cortex jusqu'à une heure du matin, m'a enfoncé le pariétal gauche au petit déjeuner.
Marc Lavoine, mon grand, comment as-tu pu produire ce condensé de trucs à tounes? Toutes les ficelles y sont, ce sont même des cordes, à ce point-là, ça n'est pas raisonnable... Ca colle au cerveau! Ta chanson qui rime en 'aine" me fout la haine!
Ah Marc Lavoine, Marc Lavoine,
j'te dis ça sans haine
même si ça m' fait d'la peine
de te faire de la peine,
mon petit chat!
tu aurais pu en faire une
un peu moins vilaine,
de chanson en "aine"
que cette chanson Lalala!
Ah, on ira, tu verras
La semaine prochaine
Sur les bords de la Seine
Dans le Café Verlaine
Je vois la scène
Et puis tu me souriras
La semaine prochaine
Dans ta veste de laine
Si tu as de la peine
Et s'il fait froid
La Madeleine et le Grand Palais
Je te vois courir vers moi
Tu seras mienne
Tu seras la même
Mais une autre, une autre
Une autre à chaque fois
Quand tu m'verras, tu verras
La semaine prochaine
J'aurai au bout d'une chaîne
Une petite croix
Un peu ancienne
Je reviendrai te chercher
La semaine prochaine
Dans l'eau de la fontaine
Où l'on s'est embrassés
A perdre haleine
La Madeleine et le Grand Palais
Je te vois courir vers moi
Tu seras mienne
Tu seras la même
Mais une autre, une autre
Une autre à chaque fois
Ah je l'attends, je l'attends
La semaine prochaine
Comme les autres semaines
J'adore que tu reviennes
Je suis déjà là
Oui je t'entends, je te vois
La semaine prochaine
Chanter cette rengaine (c'est pô moi qui l'ai dit!)
Comme mille sirènes
Dans ta jolie voix
La Madeleine et le Grand Palais
Je te vois courir vers moi
Tu seras mienne
Tu seras la même
Mais une autre, une autre
Une autre à chaque fois
La Madeleine et le Grand Palais
Je te vois courir vers moi
Tu seras mienne
Tu seras la même
Mais une autre, une autre
Une autre chaque fois...
05 septembre 2009
La Concorde
Tous les hommes que tu as connus
Te disaient qu'ils ne voulaient plus
Donner les cartes, pris comme dans un piège.
C'est dur de retenir la main d'un homme qui cherche plus loin,
Qui veut atteindre le ciel pour se livrer.
Puis ramassant les cartes qui sont restées là, sur la table,
Tu sais qu'il t'a laissé très peu, pas même son rire...
Il ne se passait pas de vendredi soir sans que nous n'allions à la Concorde. 1981. Six heures du soir. Le rendez-vous des joyeux lascars, j'ai nommé Jacques, Simon, Joana et moi. C'était le temps où je portais toujours du rouge, une écharpe, un béret, un sac ou des chaussures. Parfois une robe ou un pull. Et aussi toujours sur la bouche. Louise la Rouge.
La Concorde, en ce temps-là, était le palais d'une certaine bourgeoisie dijonnaise sentant le renfermé. Quelques étudiants y passaient, le temps de boire un peu avant d'aller au cinéma, ou après. Cette brasserie art déco faisait grand genre, avec ses vitres décorées donnant sur la place Darcy et sa Porte Guillaume. Elle était à cette époque d'un vert anglais très chic. On l'a redécorée en rose il y a une quinzaine d'années si bien qu'actuellement, elle ressemble à un gros gâteau meringué qu'on aurait posé là par erreur. L'intérieur était couvert de miroirs et des signatures de célébrités de la première moitié du siècle.
Une faune très bourgeoise s'y abreuvait à l'heure de l'apéro. Joana et moi adorions y jouer à la cocotte, maquillage chargé, jupe courte et jambes croisées jusque sous le menton. Nous y buvions juste un peu trop, fumions beaucoup et riions très fort. Deux oies.
Un soir que j'étais arrivée la première, j'entendis chuchoter à mon oreille "Bonsoir, Louise la Rouge..." C'était Jean, notre professeur de maths. Il m'offrit un Martini et nous discutâmes un peu en attendant nos amis respectifs. Qui s'avérèrent, dans son cas, être UNE amie tout ce qu'il y a de plus jolie, quoiqu'un peu vieille. Elle devait bien avoir trente ans, imaginez ça!
J'ai revu Jean régulièrement à La Concorde, toujours les samedis soirs. Nous échangions parfois quelques propos en fumant une cigarette. Nous riions surtout beaucoup. C'était un homme à l' humour très noir.
Et puis c'est tout.
Rien d'autre.
Ah si, sa main par-dessus la mienne, comme par mégarde, en me tenant la grande porte vitrée pour sortir dans le brouillard d'une fin d'automne.
C'est peu, si l'on considère qu'il fut le plus grand amour de ma vie.
Il faut dire qu'en ce temps-là, je ne voyais que moi, ou peut s'en faut. Je n'ai pas eu une seconde la conscience qu'il m'attendait, les samedis soirs à La Concorde. Je n'ai pas vu ses regards, pas compris ses gestes. A mes amis qui me disaient que j'avais tapé dans l'oeil du beau prof de maths, je retournais un oeil torve, les traitant de malades. Et pourtant...
Jean m'a dit avoir hésité beaucoup, puis renoncé à se dévoiler, considérant son âge, et puis le mien, et nos rapports de professeur à élève. Il a très certainement fait le bon choix. Qu'aurais-je fait à dix-neuf ans d'un amour ainsi offert? Il nous a évité le pire.
Ces années passées l'un sans l'autre, j'en ai pleuré chaque seconde après sa mort, tout en sachant qu'elles étaient inévitables. Lorsqu'il m'arrive de passer devant La Concorde, la porte m'adresse toujours un petit mot. Elle me parle de ma main sur sa poignée, de sa main sur ma main, de la première fois.

28 août 2009
Version Levana
A croire que c'est une maladie... L'ishbelite aiguë? Je n'ai pas pu m'en empêcher, il a fallu que je recommence. A ma façon, cette fois. La construction est la même qu'Ishbel mais j'ai modifié la taille, les proportions et le point dentelle. J'ai choisi un fil japonais de chez Habu, A32D 1/12 Silk Mohair Hand-Dyed Kasrui (c'est son petit nom...) Sous cette appellation virale se cache un nuage de mohair et de soie aux coloris subtils et variés (http://www.laine-et-tricot.com/laine/habu-silk-mohair-A32D.asp?arId=534)
Devant ces couleurs fortes, il m'a semblé qu'un point dentelle lisible, simple et répétitif s'imposait. Voici donc Isbel version Levana. 500 mailles au dernier rang. Quatre détricotages partiels pour cause d'erreur fatale dans le point dentelle (détricoter du mohair, c'est... ébouriffant!). Panne de fil au moment d'arrêter les mailles, j'ai dû "bindoffer" avec le reste du Scrumptious Lace de Fyberspates qui avait servi pour mon précédent Ishbel, ce qui lui apporte un petit quelque chose assez délicat, finalement.
Je n'ai pas été fâchée de le voir tomber des aiguilles, il m'a vraiment pesé sur la fin.
A mon Ishbel version Levana, j'ai envie d'associer olfactivement le magnifique Déclaration de Cartier, un boisé aromatique de toute beauté avec ses volutes fumées, âpres et pourtant sensuelles. Ca me semble une excellente idée, et ce parfum masculin mettra parfaitement en valeur la féminité moëlleuse du châle.












J'ai reçu il y a quelques jours le dernier catalogue de Kim Hargreaves, Precious. Pas de coup de foudre pour moi, on y retrouve la patte de la designer, je pense tout de même qu'il "bégaie" un peu , de même que le précédent. Trop de resucées pour moi.
Je suis trop exigeante, ce qu'elle fait demeure magnifique. Je suis sûre qu'un des modèles me titillera les aiguilles d'ici peu...
http://www.kimhargreaves.co.uk/acatalog/Precious_Book.html
03 août 2009
Ishbel?
Satellites gone
Up to the skies
Things like that drive me
Out of my mind




A force de le voir par-ci, par-là, il m'est venu l'envie de le réaliser. Ishbel est un petit châle, simple et beau, très actuel. Il a été créé par Ysolda Teague et j'ai choisi pour le faire la Scrumptious Lace de Fyberspates, couleur rose/mauve. Après coup, je me dis que le foncé lui va mieux. Ce sera pour une prochaine fois... Cette réalisation m'a permis d'entrer un peu plus avant dans le tricot dentelle et la maîtrise de l'aiguille circulaire! Gros défi pour moi qui tricote depuis environ 40 ans avec l'aiguille droite coincée sous l'aisselle! Ishbel est là pour démontrer qu'on arrive à bien des choses... inespérées!
Ishbel a revêtu ses atours olfactifs, à savoir une eau de parfum qui ne me quitte pas en ces belles soirées d'été, Artemisia. Ce semi-oriental, musqué, ambré, poudré, colle à la peau, s'y fond voluptueusement. Sa tenue est excellente. J'ai pu essayer tous les parfums de chez Penhaligon's il y a quelques semaines, au cours d'un séjour à Londres. Cette maison est magnifique mais on ne trouve ses produits que trop rarement encore en France, et pas du tout à Dijon qui est un genre de désert "parfumistique". J'ai beaucoup aimé également Quercus, superbe citrus/ambré et Ellenisia, magnifique floral/tubéreuse/vanillé. Cependant, c'est Artemisia qui a mes faveurs à la fraîche, quand le soleil se couche dans un ciel bleu pétrole et que les grenouilles se mettent à chanter.
http://www.penhaligons.co.uk/shop/home.html
http://www.laine-et-tricot.com/laine/fyberspates-scrumptious.asp?arId=454
http://ysolda.com/store/shawls/ishbel/
09 mai 2008
Clic clac clic clic
Once I wanted to be the greatest
No wind or waterfall could stall me
And then came the rush of the flood
Stars of night turned deep to dust
C'est ma grand-mère paternelle qui m'a appris à tricoter, l'été de mes six ans. Puis j'ai oublié jusqu'à l'été de mes huit ans. Là, sur un banc dans le jardin, j'ai ouvert le panier en osier qui contenait le matériel de couture et tricot de ma mère. Il y avait un peloton d'une couleur bleu myosotis, la couleur de ses yeux. J'ai appelé grand-mère qui a monté quelques mailles et m'a réexpliqué le comment du point mousse. C'est ainsi que Jeanne, ma poupée, s'est retrouvée affublée d'une écharpe myosotis. Les années ont passé. Je ne tricote plus guère le point mousse. Le bleu myosotis ne me va pas au teint. Mais il y a tant d'autres choix...
Les 2 catalogues de Kim Hargreaves http://www.kimhargreaves.co.uk/ sont des petites merveilles de chic et de simplicité. Je préfère sans doute Heartfelt à Nectar, comme beaucoup je suppose, n'empêche! Misty est sur les aiguilles! Et certainement suivi par Favour (pas en bleu) et Tender (pas en gris)...
Misty

Favour

Tender

21 avril 2008
Spirit Road
There's a long highway in your mind
The spirit road that you must find
To get you home to peace again
Where you belong my love lost friend
Il existe une petite maison à laquelle je pense souvent. Une petite cabane tout en bois, au toit de lauzes. Un mazot sis dans le plus bel endroit du monde, j'ai nommé le Val d'Hérens. Le chalet est un peu haut dans la montagne. Pour y accéder, il faut aimer marcher, car la pente est sévère et peu concilante aux mollets trop tendres. Un fourneau, une table de bois habillée d'une nappe à carreaux rouges, une armoire dans la pénombre tout à côté du lit. La lumière entre à peine ici. Devant la porte se trouve un petit rondin de bois où l'on peut s'asseoir afin d'admirer la nuit les lumières d'Evolène ou écouter le chant de la petite source qui coule dans un abreuvoir de bois non loin de là. Dans le four extérieur, le soir venu, je cuis du pain, grille quelque viande parfois bien que je préfère à tout la viande séchée qu'on fait là-bas et qui sent le foin et les fleurs. Le plus souvent, je me lève entre quatre et cinq heures et je marche tout le jour dans ces paysages magnifiques, ces glaciers suspendus et ces sommets si proches qu'on n'a qu'à tendre la main pour en saisir toute la beauté. Un lever de soleil dans l'air froid de la nuit finissante vaut ici tous les sacrifices, le sommeil d'où il a fallu s'extraire, les muscles douloureux et le souffle qui brûle. Je rentre au logis sur le coup de seize heures; je me lave à l'eau froide, les deux pieds dans un baquet; je mange puis j'attends que la nuit soit noire en fumant des cigarettes et en buvant un verre de Fendant. Il est alors temps pour moi de me coucher dans la belle odeur du foin qui sèche. J'entends la clarine d'une vache dans l'alpage, juste au-dessus de moi. Elle rêve très certainement qu'on l'a élue reine après un vaillant combat. Un animal crie que je ne connais pas. Il fait nuit noire, je dors...
Ce petit chalet-là me connaît depuis longtemps. Je lui rends visite tous les ans en été, profitant de la semaine "entre hommes" que s'octroient mon fils et mon père à flemmarder au bord d'une piscine dans le sud de la France. Ils me disent qu'ils vont tous les jours à la mer mais je ne les crois pas le moins du monde. Les piscines d'hôtel recèlent pour mon père des trésors cachés que mon fils ne tardera pas à partager je crois.
Ce petit chalet-là, disais-je donc, appartient à Rudy qui me laisse en profiter lorsque je le veux. Je l'ai connu lors d'une randonnée équestre il y a des années de cela. Nous avions vingt-cinq ans. Un ami de vingt ans, en quelque sorte! Je ne me souviens plus du tout ce que j'avais en tête le jour où j'ai décidé pour la première fois une retraite dans cet endroit. A l'époque, je crois bien que je n'avais jamais été seule de ma vie plus de vingt-quatre heures. Je suis femme compliquée issue de fille compliquée et j'avais probablement perçu que me couper de mes repères me serait salutaire. Ca m'est devenu maintenant un bonheur précieux, un pas de plus vers la sagesse, l'acceptation de la dureté de la vie. Un luxe. Vivre au jour le jour, une tâche après l'autre, sans autre ambition que d'exister et jouir du moment présent. Un aboutissement.







Le voilà, mon petit chalet... c'est celui-là!
18 avril 2008
Quand j'ai rencontré le Papillon...
... je me suis dit que c'était tout à fait le genre d'homme qui ne me va pas. Je lui ai confié dès l'abord que je pensais qu'il était comme moi, un coureur de jupons, enfin, de pantalons en l'occurrence. Ca l'a fait rire. Les hommes, bien souvent, pensent que l'on se vante, dans ces cas-là. Non, je ne veux pas généraliser abusivement, mais tout de même, essayez de dire à un homme que vous êtes une coureuse de pantalons. Ca le fera rire, toujours. Surtout s'il a en tête de vous mettre dans son lit.
Donc, j'ai ri aussi, j'ai montré les dents, puis je l'ai mis dans mon lit à cause de son charme fou, de son esprit brillant, de sa gentillesse, sans oublier bien sûr les yeux noirs, profonds et calmes, la voix grave et douce, les mains fines et fortes. Vous voyez ça ?
Et puis il y a eu l'après. Cet après qui m'embête toujours et que je fuis. Ce phénomène étrange qui fait que plus vous fuyez, plus l'autre s'accroche. M'aimerait-il autant s'il n'était pas le plus amoureux des deux, s'il n'avait pas tant eu à se battre pour que je l'accepte auprès de moi, parfois? Qu'il est dur de dire à quelqu'un qu'on ne veut pas de lui à temps plein! Oui, il faut qu'il m'aime beaucoup pour accepter d'être l'amoureux des fins de semaines. Lui qui a tout, par ailleurs, l'intelligence, la beauté, le charme infini, la vie facile.
Il a parfois des rechutes, insiste pour que je quitte ma campagne pour venir vivre chez lui, à Paris, ou bien envisage de s'installer chez moi à demeure. Mais ça ne dure pas. Il me dit que je ne l'aime pas assez. Je suis assez d'accord, mais qu'est-ce que ça peut faire? Je lui réponds qu'il faut prendre ce que la vie nous donne. Je l'aime à ma façon qui en vaut bien une autre.
Alors, parfois, le soir, dans mon grand lit froid, je pense que je suis en train de vivre finalement un grand amour. Une chose admirable, une parenthèse enchantée hors la vie, un moment de bonheur qui justifie tout le reste. Je pense qu'il arrivera bientôt et mon coeur se gonfle de joie. Je pense qu'il partira bientôt et je soupire du bonheur de me retrouver telle qu'en moi-même.

