J’arrive allègrement dans l’amphi. C’est mon premier cours à la fac et c’est des maths. Je me sens survoltée ! Je m’installe plein centre, dans les rangées du haut. On me dira bien plus tard que c’est la place des chahuteurs qui s’assument. L’espace entre la table et le banc ne me convient pas du tout, le siège de bois est dur mais je suis jeune, même pas mal ! Je jette ma bâche sur le banc (à l’époque, à Dijon, on n’a pas de sac ni de cartable, mais une « bâche » dont le nom à lui seul suffit à évoquer la distinction.), je sors mon stylo Bic noir et une feuille à petits carreaux. J’attends.

Ca se remplit peu à peu. Des garçons partout, assez peu de filles. Quelques connaissances, des petits signes. Et puis ces deux-là, tout à côté de moi, qui me regardent en souriant, qui me demandent d’où je viens, qui m’invitent à assister le soir même à un concert qu’ils donnent dans une petite salle de quartier.

Le cours a lieu mais je n’en garde aucun souvenir. Le prof est un type d’une quarantaine d’années, aux cheveux déjà grisonnants. Je le remarque à peine. Jean Quelque Chose…

Ce jour-là, j’avais mis mon pull rouge garance, cadeau d’un père qui adore qu’on me remarque. Et aussi du rouge à lèvre assorti, cadeau d’un père qui aime que je me maquille. Et aussi une goutte de J’ai Osé, cadeau d’un père qui cède à tous mes caprices.

Je ne savais pas ce matin-là que le destin, grand seigneur, avait choisi de me présenter d’un seul coup d’un seul…

Celui qui serait mon premier amant

Celui qui serait mon premier chagrin

Celui qui serait mon amant, mon chagrin et le père de mon fils

Le soir même, une rose rouge était déposée sur mon paillasson. Je la trouvai en sortant pour me rendre au concert… Je trouvai ce geste très mystérieux et romantique. Qui, mais qui donc était tombé en mon pouvoir de tête folle de dix-huit ans ?

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