L'affaire Levana

Du haut des plateaux calcaires jusqu'au fond des combes, la nuit comme le jour, l'hiver comme l'été je cours, roule et galope. Autour de moi, une écharpe de mots enroule son parfum et vous raconte l'affaire Levana.

22 novembre 2007

Une dame blanche qui compte jusqu'à trois

Ce matin, sur le coup de quatre heures, je me suis installée devant un feu mort, emmitouflée dans un plaid en mohair avec deux chats sous les pieds - Le Gros Dédé et Alain Chamfort réchauffent à merveille les petons glacés... N’ayant  pas eu le courage de rallumer le feu, je frissonnais beaucoup en lisant certaines lignes magiques de la grande Colette dans un silence de mort entrecoupé de craquements et de cris démoniaques comme seule la campagne sait nous les faire entendre. Les pas dans le grenier sont ceux des chouettes, les cris d’agonie naissent dans les gosiers de chats trop amoureux et la silhouette de Dracula qui se profile sur le mur du fond n’est que le reflet d’un loir qui prend un bain de lune.

« J'appartiens à un pays que j'ai quitté. Tu ne peux empêcher qu'à cette heure s'y épanouisse au soleil toute une chevelure embaumée de forêts. Rien ne peut empêcher qu'à cette heure l'herbe profonde y noie le pied des arbres, d'un vert délicieux et apaisant dont mon âme a soif... Viens, toi qui l'ignores, viens que je te dise tout bas : le parfum des bois de mon pays égale la fraise et la rose ! Tu jurerais, quand les taillis de ronces y sont en fleurs qu'un fruit mûrit on ne sait où - là-bas, ici, tout près - un fruit insaisissable qu'on aspire en ouvrant les narines. Tu jurerais, quand l'automne pénètre et meurtrit les feuillages tombés, qu'une pomme trop mûre vient de choir, et tu la cherches et tu la flaires, ici, là-bas, tout près... »

A la porte, trois grattements nets et réguliers. Je referme mon livre pour mieux écouter. Les deux chats pointent leurs museaux jumeaux, oreilles tendues, yeux fixés sur le bois sombre. Silence et immobilité. Je reprends ma lecture…

« Et si tu passais, en juin, entre les prairies fauchées, à l'heure où la lune ruisselle sur les meules rondes qui sont les dunes de mon pays, tu sentirais, à leur parfum, s'ouvrir ton cœur. Tu fermerais les yeux, avec cette fierté grave dont tu voiles ta volupté, et tu laisserais tomber ta tête, avec un muet soupir... Et si tu arrivais, un jour d'été, dans mon pays, au fond d'un jardin que je connais, un jardin noir de verdure et sans fleurs, si tu regardais bleuir, au lointain, une montagne ronde où les cailloux, les papillons et les chardons se teignent du même azur mauve et poussiéreux, tu m'oublierais, et tu t'assoirais là, pour n'en plus bouger jusqu'au terme de ta vie. »

A la fenêtre, trois coups secs et rythmés. Je laisse tomber le livre et me précipite. Nez collé au carreau, je scrute. Cette ombre au fond de la cour, est-elle là d’habitude ? On dirait une botte, serait-ce déjà le Père Noël ? A l’extrême droite de mon champ de vision, une tache claire palpite et s’efface quand je cherche à mieux la voir. Reflet sur des dents de vampire ? J’ouvre la fenêtre pour mieux entendre mais seul le froid mordant me parvient auréolant de sa buée la toux d’un cheval, au loin.

Je me rencogne dans le canapé, j’éteins la lumière et les deux chats viennent se blottir tout contre moi dans la chaleur de la couverture rouge. Le sommeil mettra encore longtemps à venir. Mais avant qu’il ne m’attrape, j’aurai le temps de voir ma visiteuse cogner trois coups encore sur le carreau. C’est une belle dame blanche, la figure blême percée de deux yeux noirs comme le néant, un petit fantôme curieux, une chouette effraie que rien n’effraie, une dame blanche qui compte jusqu’à trois pour faire durer la nuit.

effraie_1

Posté par LevanaB à 20:20 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Quatre heure du matin ...

... pelotonnée dans le canapé ... serrée dans une couverture chaude avec les chats ... je connais ... Et quand çà m'arrive ... c'est que çà ne va pas trop bien ... Si c'est ton cas ... fais comme moi ... ronronne avec tes chats ... tu verras comme çà appaise ...

Posté par Témine, 22 novembre 2007 à 22:13

RonRon

C'est vrai. Le ronronnement a des vertus thérapeutiques. Je me réveille toujours ou presque sur le coup de quatre heures pour me rendormir (parfois...) vers six heures. Je lis, j'écoute de la musique, je vais parfois courir ou marcher quand ça ne va vraiment pas... Ce qui ne plaît pas du tout à mes proches, tu peux l'imaginer... Pourtant, la nature, la solitude et l'effort physique me soignent de tout! Et puis, la nuit, je ne crains rien, les chasseurs cuvent...

Posté par Levana, 23 novembre 2007 à 12:23

quelle belle dame blanche, habitant en ville je ne risque pas d'en rencontrer !
Moi aussi parfois le sommeil qui n'est plus du tout mon ami me fait faux bond mais comme je n'habite pas une grande maison je suis souvent obligée de rester ds mon lit puisque en plus Pupuce d'amour vivant la nuit je n'ai franchement pas envie de la croiser au détour d'un couloir (eh oui je suis une mauvaise mère !) alors je mets mon balladeur, je prends une pilule magique et le sommeil réparateur et libérateur vient me prendre ds ses bras et je finis cahin caha une nuit chaotique peuplée de choses pas toujours agréables mais au moins j'ai un peu dormi !
douce nuit à toi ma belle et à toi aussi Témine

Posté par chakim, 30 novembre 2007 à 15:41

bon anniversaire

[img]http://www.isabellegotteri.levillage.org/images%20png/papillons.png[/img]
douce et belle journée à toi ma belle

Posté par chakim, 02 avril 2008 à 22:43

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