L'affaire Levana

Du haut des plateaux calcaires jusqu'au fond des combes, la nuit comme le jour, l'hiver comme l'été je cours, roule et galope. Autour de moi, une écharpe de mots enroule son parfum et vous raconte l'affaire Levana.

08 avril 2008

Abus de conneries

Mon père a une télé à l'étage, dans son appartement, qu'il regarde assez souvent. Il m'arrive de lui rendre visite de temps à autre pour voir un film, une série ou une quelconque émission. Mon problème (si c'en est un) est que je ne connais pas l'offre. La télé ne fait pas partie de mon quotidien, je n'en connais pas les programmes, je ne sais pas ce qui y passe, si ce n'est au détour de publicités ou remarques diverses. On n'a pas de mérite à se passer de quelque chose qu'on ne connaît pas.

Mais voilà: je suis encabanée nuit et jour et c'est mon père qui, je crois, a eu la riche idée. Ou mon fils. Je ne sais plus.  "Tiens, ça te fera passer le temps." Bon, moi, le temps, je le passais bien sans ça. Pourtant, sur le coup, l'idée m'a paru intéressante. Pourquoi refuser une distraction quand je n'ai pour tout point de vue que ma fenêtre et mes pieds?

Donc, les voila débarrassant le dessus de ma commode en noyer de ses flacons de parfum (Vol de Nuit, Chamade, Féminité du Bois et Tabac Blond, soit dit en passant). Tout ce beau monde va au tiroir et la petite lucarne s'installe; je lui trouve un petit air triomphant, voire narquois. C'est ça, narquois! Elle semble jubiler de m'avoir vaincue. Je la laisse présumer de ses forces, elle vend ma peau un peu trop vite!

D'ailleurs, quelques temps plus tard, son petit ego a bien diminué et c'est moi qui la jauge. Ah, non, rien à faire! Ses appâts sont si mineurs qu'ils en deviennent ridicules et ses défauts la rendent pitoyable. Non, l'abus de conneries ne me vaincra pas! Ni l'ignorance, ni la facilité, ni la vulgarité, ni le roi pognon. Ni le mépris de l'être humain. Ce déversement de tout et rien, continu et obscène, ne peut qu'étouffer toute velléité de réflexion.

Ce petit objet, téléviseur, abrutisseur, je l'ai pourtant aimé. Des heures entières à enquiller westerns ou comédies, drames ou policiers, Marilyn dans sa baignoire avec le gros orteil dans le robinet, Rouletabille aux trousses de l'immonde Larsen, John Wayne sifflant un whisky "pas pour les jeunots", Audrey Hepburn charmant le beau Georges Peppard at Tiffany's.

Il paraît que cette télé-là existe encore. On me dit que des tas de choses bien se cachent toujours dans la petite lucarne. Je n'en doute pas un seul instant. Mais voyez-vous, je n'ai pas envie de chercher les perles au milieu du fumier. J'ai autre chose à faire. J'ai à voir, à écouter, à réflechir et à comprendre. J'ai même à croire, croire en une humanité intelligente,  compréhensive et réfléchie. Si la surconsommation de biens matériels détruit notre planète, la surconsommation de connaissance ne pollue pas l’esprit, mais l’immunise au contraire contre tout ce qui l’asservit.

I'm just a believer baby
In those dreams of mine
You see they just keep on comin'
In a long, long line

Oh yeah, I'm the believer
Oh yeah, I'm the believer

And like that songbird singin'
Whether it's red or blue
Just like those church bells ringin'
I'm keepin' my faith in you

Oh yeah, I'm the believer
Oh yeah, I believe in you

And though the seas may rise
Until they do
I keep doin' the things I'm doin'
And believe in you
I'm makin' the change
I'm keepin' my faith in you

Oh yeah, I'm the believer
Oh yeah, oh yeah

Sure is a windy road
That I walk with you
Look how the trees are bendin'
Their leaves are fallin' too

Oh yeah, oh yeah
I'm the believer, babe
Oh yeah

I remember my mama saying
I want to be
On this windy road
For eternity
I'm makin' the change
I'm keepin' my faith in you

Oh yeah, I'm the believer, babe
I believe in you
Oh yeah, I'm the believer, babe
I'm the believer
I'm the believer
Oh yeah
Oh yeah

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05 avril 2008

Un petit rien du tout

D'abord, on dira qu'hier, j'ai enfin réussi à m'asseoir toute seule. Dans mon lit. Comme une grande fille!!! Ensuite, on dira que ça va beaucoup mieux comme ça pour taper sur un clavier, pour lire, pour manger, pour tout en somme. Enfin, on dira qu'après la grande cabriole, le temps me semble long pour que tout se remette en place. Le physique ne suit plus et je ne sais pas bien si vous pouvez imaginer ce que ça signifie pour moi. Tout au long de ma vie semée ça et là de pilules bien amères, comme toute vie qui hélas se respecte, l'activité physique a toujours été mon ultime recours, ma dernière parade contre la fin. Angoisses, insomnies, crises de panique, la course dans les bois venait à bout de tout, les chevauchées endiablées et extrêmes me ramenaient à un semblant de normalité. L'exténuation m'est un besoin dont il faut que je me passe dorénavant... Triste phrase... Triste constat. Alors, depuis la chute, c'est la chute. Je n'ai plus qu'à supporter ça, immobile dans ce lit. La nuit est le pire, vous le savez bien. Je ne peux plus fuir, me sauver, me faire mal au ventre, m'arracher les jambes, sentir mes poumons en feu et faire pleurer mes yeux de douleur physique. Mes larmes ne sont plus que de douleur morale. Et de dégoût de vivre. Et de dégoût de tout. Mais hier, voyez-vous, j'ai réussi à m'asseoir, toute seule!

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22 novembre 2007

Une dame blanche qui compte jusqu'à trois

Ce matin, sur le coup de quatre heures, je me suis installée devant un feu mort, emmitouflée dans un plaid en mohair avec deux chats sous les pieds - Le Gros Dédé et Alain Chamfort réchauffent à merveille les petons glacés... N’ayant  pas eu le courage de rallumer le feu, je frissonnais beaucoup en lisant certaines lignes magiques de la grande Colette dans un silence de mort entrecoupé de craquements et de cris démoniaques comme seule la campagne sait nous les faire entendre. Les pas dans le grenier sont ceux des chouettes, les cris d’agonie naissent dans les gosiers de chats trop amoureux et la silhouette de Dracula qui se profile sur le mur du fond n’est que le reflet d’un loir qui prend un bain de lune.

« J'appartiens à un pays que j'ai quitté. Tu ne peux empêcher qu'à cette heure s'y épanouisse au soleil toute une chevelure embaumée de forêts. Rien ne peut empêcher qu'à cette heure l'herbe profonde y noie le pied des arbres, d'un vert délicieux et apaisant dont mon âme a soif... Viens, toi qui l'ignores, viens que je te dise tout bas : le parfum des bois de mon pays égale la fraise et la rose ! Tu jurerais, quand les taillis de ronces y sont en fleurs qu'un fruit mûrit on ne sait où - là-bas, ici, tout près - un fruit insaisissable qu'on aspire en ouvrant les narines. Tu jurerais, quand l'automne pénètre et meurtrit les feuillages tombés, qu'une pomme trop mûre vient de choir, et tu la cherches et tu la flaires, ici, là-bas, tout près... »

A la porte, trois grattements nets et réguliers. Je referme mon livre pour mieux écouter. Les deux chats pointent leurs museaux jumeaux, oreilles tendues, yeux fixés sur le bois sombre. Silence et immobilité. Je reprends ma lecture…

« Et si tu passais, en juin, entre les prairies fauchées, à l'heure où la lune ruisselle sur les meules rondes qui sont les dunes de mon pays, tu sentirais, à leur parfum, s'ouvrir ton cœur. Tu fermerais les yeux, avec cette fierté grave dont tu voiles ta volupté, et tu laisserais tomber ta tête, avec un muet soupir... Et si tu arrivais, un jour d'été, dans mon pays, au fond d'un jardin que je connais, un jardin noir de verdure et sans fleurs, si tu regardais bleuir, au lointain, une montagne ronde où les cailloux, les papillons et les chardons se teignent du même azur mauve et poussiéreux, tu m'oublierais, et tu t'assoirais là, pour n'en plus bouger jusqu'au terme de ta vie. »

A la fenêtre, trois coups secs et rythmés. Je laisse tomber le livre et me précipite. Nez collé au carreau, je scrute. Cette ombre au fond de la cour, est-elle là d’habitude ? On dirait une botte, serait-ce déjà le Père Noël ? A l’extrême droite de mon champ de vision, une tache claire palpite et s’efface quand je cherche à mieux la voir. Reflet sur des dents de vampire ? J’ouvre la fenêtre pour mieux entendre mais seul le froid mordant me parvient auréolant de sa buée la toux d’un cheval, au loin.

Je me rencogne dans le canapé, j’éteins la lumière et les deux chats viennent se blottir tout contre moi dans la chaleur de la couverture rouge. Le sommeil mettra encore longtemps à venir. Mais avant qu’il ne m’attrape, j’aurai le temps de voir ma visiteuse cogner trois coups encore sur le carreau. C’est une belle dame blanche, la figure blême percée de deux yeux noirs comme le néant, un petit fantôme curieux, une chouette effraie que rien n’effraie, une dame blanche qui compte jusqu’à trois pour faire durer la nuit.

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14 octobre 2007

14 octobre

Jean aurait eu 60 ans aujourd'hui.

Jour après jour, j'avance, je construis, je vis. Un petit pas après l'autre, un bonheur après l'autre, un malheur parfois. Je suis le plus souvent très gaie, je repousse sans faillir les assauts de la souffrance, de l'acharnée souffrance. J'y parviens plutôt bien. Les nuits sont par périodes plus douces. Et puis, ma fois, si elles ne le sont pas, j'ai appris à prendre plaisir à ces nuits mourantes dans une aube grise, devant le feu en hiver, devant la fenêtre ouverte en été, un chat ou l'autre blotti contre moi. J'ai appris à laisser couler les larmes sans lutter - c'est seulement ainsi qu'elles tarissent. Juste penser à respirer. Ne pas penser à Levana.

Pour son anniversaire, Jean me faisait un cadeau, toujours. Pour son dernier 14 octobre, il m'avait choisi ce parfum-là.

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19 septembre 2007

Une tasse de café

Le mercredi après son déjeuner, Mamie Levana boit sa tasse de café en lisant son Télérama tout frais. Pour dire la vérité, c'est plutôt le Télérama de son père car c'est chez lui qu'est la télé. Le café, c'est celui de George qui vient me le servir quand il a fini chez Chakim. J'aime bien mon bon café sauce Télérama bien que Télérama ne soit ni drôle, ni original, ni même intéressant à vrai dire. Nous dirons que c'est un vice caché chez Mamie Levana du mercredi.

Ce midi donc, j'y a trouvé une perle qui m'a ravie et a n'en finit pas de me réjouir à chaque fois que j'y pense. C'est à la page 22, dans l'article consacré à feu Jacques Martin.

"Je ne suis pas toujours de mon avis, mais je m'en fous" (Léautaud)

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BiquetteShoe

Dans un recoin de l'Yonne aux paysages sans grand charme, platitude de champs entrecoupés de bosquets, se cache une merveille, le val Dampierre. La route suit les caprice d'une rivière, cachée aux yeux de l'automobiliste par un écran d'arbres et de verdure. Des maisons se cachent autant qu"elle le peuvent, trahies seulement par des portails en bois, par des murs de pierre. Si l'on fait très attention, on ne peut pas manquer la pancarte qui mène à la ferme du val Dampierre. Elle est à la hauteur du pré aux quatre beaux chevaux. Si, si, regardez bien! Au bout du chemin, ladite ferme, avec sa grange transformée en caverne d'Ali Baba et la dame qui s'occupe de tout ça. Car à la ferme du Val Dampierre, on vend de la laine mohair - principalement.http://www.mohair-alpaga-valdampierre.com/

Grand merci aux fournisseuses à qui nous avons volé quelques clichés...

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Vous pouvez constater que j'ai craqué pour le monsieur... Ca m'a presque réconciliée avec MKK... si vous voyez ce que je veux dire...

Avec 3 pelotes de Diva (Kid mohair et soie), j'ai tricoté BiquetteShoe, une écharpe légère comme un souffle.  J'ai utilisé de point dentelle HorseShoe trouvé dans un catalogue Jamiesons et je l'ai faite assez grande pour pouvoir l'enrouler copieusement! On (Ilya) m'a fait remarquer que BiquetteShoe sonnait comme Pikachu. Me voilà donc couverte pour l'hiver, une écharpe Pokêmon, ça n'est pas rien, je vous le dis!

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Et en plus, elle est rouge! On peut trouver de la Diva en vente en ligne ici: http://www.bergers-cathares.com/index.html (Site très sérieux et livraison rapide).

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18 mai 2007

Les plus beaux yeux du monde...

Au hasard d'une visite sur le forum de Bulle de Lune, l'autre soir, à la nuit tombée, j'ai vu un ange émerger du passé. Les boucles brunes, les yeux sombres habillés de cils et sourcils fournis, comme des bijoux dans le visage pâle... Il  pourrait être le fils de Simon. Outre le fait que cette chanson me plaît beaucoup avec ses envolées à la Freddie Mercury, sa fraîcheur, sa légèreté swinguée, j'avoue avoir contemplé plus que de raison le visage du jeune et talentueux Mika (Ca sonne  confessions d'une vieille institutrice, non? - mais continuons quand même). http://www.youtube.com/watch?v=uzA0nG_PurQ

Un soir, Simon arriva à l'appartement accompagné d'une splendeur nommée Joana. Des traits d'une finesse extrême, des cheveux dorés qui bouclaient sur ses épaules, des yeux bleu sombre très grands, un peu tombants, un air de madonne, un genre de  Botticelli moderne. Joana, vous le savez peut être, devint quelques années plus tard ma soeur en épousant Misha. Mais nous sommes encore loin de là. On aurait bien pu se demander, ce soir-là, qui était le plus séduit de nous trois par Joana. Je crois bien que ce fut moi et pour être honnête, son physique me troubla. Cela peut paraître étrange de la part d'une amoureuse des hommes comme moi, ou peut-être pas... Je ne pouvais me rassasier de la regarder, tout en elle me paraissait beau, sa finesse et sa blondeur, sa peau dorée et ses yeux si grands.

Elle rejoint rapidement notre trio d'étudiants. Au fil des soirées, nous nous découvrîmes complices, puis amies. Cette amitié-là ne s'est jamais démentie et a résisté à tout. Nous a aidées en tout, aussi.  Son amourette avec Simon dura le temps d'une chanson, puis elles me "prit" Jacques et fut ainsi, indirectement, la cause de ma première déconvenue sentimentale. Jacques, mon alter ego, mon parleur de la nuit, mit fin en avril  à nos interminables discussions nocturnes au profit des bras doux de Joana. Fin d'un amour platonique, premier chagrin d'amour!

Amour platonique..., me direz-vous. Eh bien oui, on était dans les années 80, j'avais dix-neuf ans, des petits amis tant que je voulais (ou presque), mais jamais au-dessous de la ceinture! Je n'en avais jamais eu envie et aucun n'avait pu me persuader d'y aller avec lui. Il faut croire que j'étais peu influençable et très entêtée, la pression, à cette époque, était grande en ce domaine et la virginité se portait très mal passé dix-huit ans.

Il fait beau, si doux ce soir-là! Le grand feu de la Saint-Jean me rôtit le visage et j'ai un peu trop bu. Juste un peu trop pour trouver la musique irrésistible et avoir le coeur qui explode de joie gratuite, le coeur qui bat jusqu'au fond de ma gorge. Simon m'enlace et il sent si bon le foin, le grand air, la sueur fraîche que les larmes me montent aux yeux. Il me dit que je suis belle et qu'il m'aime comme un fou. Sa bouche est douce et tiède, ses cheveux glissent entre mes doigts et ses yeux sont les plus beaux du monde.

Simon fut mon premier amant. Deux fois. Après la mort de Jean, c'est lui encore qui me reconduisit vers la sensualité des hommes. La semaine dernière, je lui ai montré le joli Mika et il a reconnu qu'il y avait un air de ressemblance. Depuis ce temps-là, il a coupé les boucles brunes et grisonne un peu aux tempes. Ses yeux affolent toujours les femmes et ils les aime toujours toutes!  Il est un des quatre piliers de ma sagesse et je lui dois sans doute en grande partie ce goût immodéré que j'ai des hommes bruns aux yeux de braise.

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19 mars 2007

A simple twist of fate

Un terrible écho en moi, qui irradie de mon plexus à l'écoute  de cette magnifique version de la chanson que le grand Bob a sortie en 74 dans son album Blood on the Tracks. A simple twist of fate... Et puis la gorge qui se noue et les yeux qui deviennent humides. Certes, il est passé le temps des cris d'horreur, le temps de la panique, le temps de l'étouffement, quand le bruit d'une porte, une musique entendue ou un regard me faisait basculer dans la quatrième dimension. Dix ans ont passé et je raconte des bribes de ma vie, portrait anecdotique d'une femme aux portes de la maturité. J'aurais aimé écrire aux portes de la sagesse, j'y travaille chaque jour...

Je succombe facilement à Bryan Ferry et son dernier album Dylanesque a tout pour me séduire. Perles dylanesques à la sauce Bryan, je ne saurais y résister. Et, entre les perles, la chanson qui me parle, le quatrième couplet qui me renvoie illico dix ans en arrière.

They sat together in the park
As the evening sky grew dark,
She looked at him and he felt a spark tingle to his bones.
'Twas then he felt alone and wished that he'd gone straight
And watched out for a simple twist of fate.

They walked along by the old canal
A little confused, I remember well
And stopped into a strange hotel with a neon burnin' bright.
He felt the heat of the night hit him like a freight train
Moving with a simple twist of fate.

A saxophone someplace far off played
As she was walkin' by the arcade.
As the light bust through a beat-up shade where he was wakin' up,
She dropped a coin into the cup of a blind man at the gate
And forgot about a simple twist of fate.

He woke up, the room was bare
He didn't see her anywhere.
He told himself he didn't care, pushed the window open wide,
Felt an emptiness inside to which he just could not relate
Brought on by a simple twist of fate.

He hears the ticking of the clocks
And walks along with a parrot that talks,
Hunts her down by the waterfront docks where the sailors all come in.
Maybe she'll pick him out again, how long must he wait
Once more for a simple twist of fate.

People tell me it's a sin
To know and feel too much within.
I still believe she was my twin, but I lost the ring.
She was born in spring, but I was born too late
Blame it on a simple twist of fate.

Autant le faire maintenant puisqu'il faudra en passer par-là, puisque tout tourne autour de ça. Le jour ou votre vie change de forme, change de goût, le jour où quelque chose vous transforme à jamais, le jour où j'ai perdu le moi orignal.

Je rentrais de ma dernière séance de préparation à l'accouchement. Je trouvai la maison déserte. Jean aurait dû être rentré. C'est ce qui était prévu. Le téléphone sonna. J'étais sûre que c'était lui mais une voix inconnue s'adressa à moi. C'était la voix de l'hôpital, car l'hôpital a une voix, une voix de femme, grave et calme, qui vous parle lentement et vous répète les choses comme si vous étiez un petit enfant qui ne parvient pas à lire un texte tout entier. Je retournai donc à l'hôpital sans même penser à appeler mon père ou mon frère. A cette époque, pas de portable, le téléphone n'était pas encore une extension inévitable de la bouche. Je savais à ce moment que Jean avait eu un accident de voiture et que son état était grave. Ce qui était faux; comment aurait-on pu me dire au téléphone qu'il avait péri carbonisé dans sa voiture parce qu'un autre avait jugé bon de doubler là où il n'aurait pas dû? On me prit en charge à la réception de l'hôpital, on me conduisit dans un petit bureau où attendaient deux policiers et un membre du SAMU. J'ai le net souvenir de leurs regards ricochant sur mon gros ventre pendant que leurs bouches parlaient.

Je repartis comme j'étais venue, refusant leur offre d'assistance. Oui, j'avais bien compris qu'il me faudrait revenir le lendemain pour les papiers. Non, je ne souhaitais pas qu'on appelle quelqu'un de ma famille. Oui, ça irait. Bien sûr, je pouvais rentrer seule. Dehors, il faisait nuit et je m'assis sur un banc, devant l'hôpital, une seule question en tête: comment allais-je faire pour vivre dans ce monde si hostile? Je me rendis compte que je tremblais de peur.

"Je me levai dans la chambre déserte,
Nulle part, je ne le vis.
En me disant que je m'en fichais, j'ouvris grand la fenêtre,
Un vide m'envahit auquel je ne pus me rattacher
Apporté par un simple coup du sort."

Je ne prévins mon père et mon frère que le lendemain. Pas de pleurs, pas de cris, j'étais comme pétrifiée. Juste cette peur affreuse et imprécise contre laquelle je ne pouvais rien. J'assistai aux obsèques dans un état de calme impressionnant qui fit beaucoup pleurer Sandra. Je perdis les eaux au cours de la nuit suivante et les pleurs arrivèrent avec la souffrance physique. Ilya vint au monde dans la semaine suivant la mort de son père. Il naquit dans les larmes, les miennes d'abord,  celles des visiteurs ensuite. Personne ne parvint à nous rendre visite sans pleurer. C'est peut-être en réaction à cette bulle de malheur qui accompagna sa naissance qu'Ilioucha est d'un naturel si gai aujourd'hui!

Il fut très dur pour moi d'accepter le fait que je ne serais plus jamais celle que j'avais été. Ilioucha m'a considérablement aidée à traverser les années terribles et je suis fière de mon petit bonhomme qui me dit parfois "Tu es contente, finalement, maman, que je ressemble autant à papa, hein? Tu vois, il ne fallait pas avoir peur!"

"Les gens me disent que c'est un péché
De savoir et de ressentir trop profondément.
Je crois encore qu'il était ma moitié, mais j'ai perdu l'anneau.
Je suis née au printemps et lui trop tard
A cause d'un simple coup du sort.

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21 février 2007

Oeil de cheval!

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Mais oui, un cheval peut avoir l'oeil qui frise, l'air coquin de celui qui se fiche gentiment de toi! Démonstration! Merci Monsieur Arthus-Bertrand!

J'ai un faible également pour les yeux fous de ces superbes pouliches arabes: exorbités, le blanc de l'oeil très apparent strié de vaisseaux rouges, la fuite jusque dans le regard. Les bienheureux qui les monteront auront entre les jambes la souplesse inquiétante et insaisissable du serpent, la folie du vent de sable, la puissance légère d'un cheval esprit.

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20 février 2007

Sandra

Le magasin de Sandra, tout petit et tout noir, semblait fumé par le poids du temps passé. On y entrait par une porte voilée d’un rideau de taffetas aux reflets dorés et on était immédiatement happés par l’étouffoir. Les murs disparaissaient sous les tableaux, photographies, cadres et autres assiettes. Horreur parmi les horreurs, des souvenirs mortuaires sous forme de tresses de cheveux sous verre. Inévitablement, je me retrouvais devant une petite natte châtain clair, tressées à quatre brins comme on le fait pour la queue des chevaux avant les concours. En dessous, un prénom calligraphié au porte-plume, encre violette fanée, écriture ronde superbe : « Pauline – 1913 ». C’était à chaque fois cinq minutes d’horreur pétrifiante et de muette compassion. Ah … imaginer les parents de Pauline prostrés devant la tresse pour le reste de leur vie ! Ambivalence d’une fascination morbide doublée d’une répulsion incontrôlable, douleur irrésistiblement attrayante.  La plupart du temps, au bout de cinq minutes, Sandra venait me décoller du mur et m’entraînait dans sa cuisine. En faisant très attention, on parvenait à traverser la boutique sans rien casser, la minceur était de mise en ces lieux. Tables et tablettes, porte-parapluies, assiettes et plats, verres et tasses, bagues et breloques, cartes à jouer, cartes postales, tarots, encriers et flacons,  parfois une merveille pour qui savait chercher. Et par-dessus tout cette odeur de poussière propre, comment la décrire ? L’odeur du temps qui passe, l’odeur du parfum que porterait Peau d’Ane avec sa robe couleur du temps. C’est dans cette cuisine-là que je pris le goût des cafés très forts et très noirs et que je pris, aussi,  le goût de Sandra. Il fallut quelque temps.

Mon père, dans sa chasse aux cadeaux coutumière, était un jour entré dans la boutique étroite et y avait vu une flamme. Car Sandra était une flamme. Plutôt petite, très mince, son visage aux grands yeux sombres était surmonté d’une folle chevelure auburn dont les boucles paraissaient doués d’une vie propre. Ses mains aussi étaient remarquables, très fines, les doigts blancs et longs parés de griffes rouge sombre, chargés de bagues et de pierreries : des mains de sorcière. Ces mains-là, pouvez-vous imaginer comme elles me firent horreur quand je les vis ? J’avais seize ans et une idée de la beauté très rigide pour ne pas dire rigoriste.

galerie_membre_main_valentin16Sandra était extravertie et loufoque, théâtrale et gaie, éclatante : mon père succomba d’un coup.

Au bout de quelques mois, nous nous installâmes dans l’appartement au-dessus de l’éteignoir et je fis de mon mieux pour transformer leur vie en enfer, sans parvenir à émousser l’infinie patience de mon père ni l’inoxydable optimisme de Sandra. Il me fallut environ deux ans pour rendre les armes. A mon entrée à la fac, je m’installai dans un studio à trois rues du magasin et acceptai de me débarrasser de ma mauvaise foi et de mes complexes vis-à-vis de Sandra.

Je passais à la boutique chaque semaine et Sandra venait fréquemment me rendre visite. Elle était très inquiète à mon sujet, et ma violence de jeune fille sans maman lui faisait peur. Je crains de n’avoir pas été bien facile en effet. Nous buvions trop de café, fumions comme des sapeurs, volutes d’encens, effluves de patchouli. Mon amour immodéré pour le patchouli me vient d’elle aussi, le patchouli sombre et brutal, le patchouli brûlant qui vous écoeure et entre dans vos pores jusqu’à devenir un peu de vous-mêmes. Nous parlions beaucoup, moi d’absolu, elle de réalité et je pense à elle lorsque j’écoute certains albums de Bowie ou des Boomtown Rats, entre autres.

Son amour pour mon père dura presque dix ans, puis recommença la valse des chéries.

Ils se quittèrent fâchés, puis redevinrent amis, quelques années plus tard. Pour ma part, je ne rompis jamais avec Sandra.

Elle vit aujourd’hui à Sombernon, pas très loin de Dijon, avec un ingénieur à la retraite. Elle a soixante-douze ans et les cheveux toujours indépendants de sa volonté – et rouges ! Ses mains sont plus que jamais celles d’une sorcière et souvent, elle me parle d’absolu et je lui réponds réalité.

Je la verrai demain et je lui dirai, Brigitte, qu’il ne m’a pas fallu mille et un jours pour te la présenter !

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