Mon père a une télé à l'étage, dans son appartement, qu'il regarde assez souvent. Il m'arrive de lui rendre visite de temps à autre pour voir un film, une série ou une quelconque émission. Mon problème (si c'en est un) est que je ne connais pas l'offre. La télé ne fait pas partie de mon quotidien, je n'en connais pas les programmes, je ne sais pas ce qui y passe, si ce n'est au détour de publicités ou remarques diverses. On n'a pas de mérite à se passer de quelque chose qu'on ne connaît pas.

Mais voilà: je suis encabanée nuit et jour et c'est mon père qui, je crois, a eu la riche idée. Ou mon fils. Je ne sais plus.  "Tiens, ça te fera passer le temps." Bon, moi, le temps, je le passais bien sans ça. Pourtant, sur le coup, l'idée m'a paru intéressante. Pourquoi refuser une distraction quand je n'ai pour tout point de vue que ma fenêtre et mes pieds?

Donc, les voila débarrassant le dessus de ma commode en noyer de ses flacons de parfum (Vol de Nuit, Chamade, Féminité du Bois et Tabac Blond, soit dit en passant). Tout ce beau monde va au tiroir et la petite lucarne s'installe; je lui trouve un petit air triomphant, voire narquois. C'est ça, narquois! Elle semble jubiler de m'avoir vaincue. Je la laisse présumer de ses forces, elle vend ma peau un peu trop vite!

D'ailleurs, quelques temps plus tard, son petit ego a bien diminué et c'est moi qui la jauge. Ah, non, rien à faire! Ses appâts sont si mineurs qu'ils en deviennent ridicules et ses défauts la rendent pitoyable. Non, l'abus de conneries ne me vaincra pas! Ni l'ignorance, ni la facilité, ni la vulgarité, ni le roi pognon. Ni le mépris de l'être humain. Ce déversement de tout et rien, continu et obscène, ne peut qu'étouffer toute velléité de réflexion.

Ce petit objet, téléviseur, abrutisseur, je l'ai pourtant aimé. Des heures entières à enquiller westerns ou comédies, drames ou policiers, Marilyn dans sa baignoire avec le gros orteil dans le robinet, Rouletabille aux trousses de l'immonde Larsen, John Wayne sifflant un whisky "pas pour les jeunots", Audrey Hepburn charmant le beau Georges Peppard at Tiffany's.

Il paraît que cette télé-là existe encore. On me dit que des tas de choses bien se cachent toujours dans la petite lucarne. Je n'en doute pas un seul instant. Mais voyez-vous, je n'ai pas envie de chercher les perles au milieu du fumier. J'ai autre chose à faire. J'ai à voir, à écouter, à réflechir et à comprendre. J'ai même à croire, croire en une humanité intelligente,  compréhensive et réfléchie. Si la surconsommation de biens matériels détruit notre planète, la surconsommation de connaissance ne pollue pas l’esprit, mais l’immunise au contraire contre tout ce qui l’asservit.

I'm just a believer baby
In those dreams of mine
You see they just keep on comin'
In a long, long line

Oh yeah, I'm the believer
Oh yeah, I'm the believer

And like that songbird singin'
Whether it's red or blue
Just like those church bells ringin'
I'm keepin' my faith in you

Oh yeah, I'm the believer
Oh yeah, I believe in you

And though the seas may rise
Until they do
I keep doin' the things I'm doin'
And believe in you
I'm makin' the change
I'm keepin' my faith in you

Oh yeah, I'm the believer
Oh yeah, oh yeah

Sure is a windy road
That I walk with you
Look how the trees are bendin'
Their leaves are fallin' too

Oh yeah, oh yeah
I'm the believer, babe
Oh yeah

I remember my mama saying
I want to be
On this windy road
For eternity
I'm makin' the change
I'm keepin' my faith in you

Oh yeah, I'm the believer, babe
I believe in you
Oh yeah, I'm the believer, babe
I'm the believer
I'm the believer
Oh yeah
Oh yeah